
Remplir un profil sur une application ou un site de rencontre prend un quart d'heure. En un quart d'heure, vous indiquez votre âge, votre commune, votre métier, votre religion, si vous voulez des enfants, qui vous attire, et vous ajoutez cinq photos. Sans ces informations, la rencontre ne fonctionne pas. Ce qui pose problème, c'est de ne pas savoir où vont ces données, qui peut les voir et comment les faire disparaître le jour où vous quittez la plateforme. C'est l'objet de cette page de notre dossier Rencontres en sécurité.

Ce que vous confiez à une application de rencontre
Les politiques de confidentialité sont longues, mais les catégories se ressemblent d'un fournisseur à l'autre.
- Le profil : prénom ou pseudonyme, date de naissance, sexe, lieu de résidence, taille, profession, enfants, désir d'enfant. Sur les sites avec test de personnalité, des dizaines de réponses sur votre caractère s'y ajoutent.
- Les photos, et pas seulement l'image. Un fichier photo contient souvent des métadonnées (EXIF) : date, modèle d'appareil et, pour une photo prise avec un natel, souvent les coordonnées GPS du lieu. Les plateformes sérieuses les suppriment au téléchargement, mais mieux vaut ne pas compter dessus.
- Les messages : tout ce que vous écrivez est stocké sur les serveurs du fournisseur. Beaucoup de plateformes analysent les conversations automatiquement pour repérer la fraude ou le harcèlement. Cela vous protège, mais ce n'est pas une conversation chiffrée de bout en bout.
- La position : Tinder, Bumble ou Lovoo demandent l'accès à la localisation pour vous montrer des personnes à proximité. Selon le réglage, la position est mise à jour en continu, pas seulement à l'ouverture de l'application.
- Les données sensibles : la loi suisse les nomme expressément. Les données sur la sphère intime, donc l'orientation sexuelle, sur les opinions religieuses ou politiques et sur la santé en font partie. Sur une plateforme de rencontre, vous en livrez plusieurs volontairement, dans le champ « religion » ou en choisissant de rencontrer des femmes ou des hommes.
- Les données d'usage et publicitaires : heures de connexion, profils ouverts, temps passé sur chacun. Les applications gratuites vivent de la publicité et transmettent des identifiants techniques à des partenaires.
- Les comptes liés : s'inscrire avec Facebook, Google, Apple ou Spotify donne à l'application l'accès à une partie de ces comptes.
Trois conséquences très concrètes
Votre quartier se devine
Quand une application affiche la distance qui vous sépare des autres membres, votre position peut être recoupée : relever la distance depuis trois points différents donne par calcul une zone de quelques centaines de mètres. Des chercheurs l'ont démontré sur plusieurs applications connues, les éditeurs ont corrigé le tir, mais le principe demeure : la personne qui est « à 2 km » chaque soir à 22 heures habite près de chez vous.
Vos photos circulent
Les photos de profil sont publiques ou semi-publiques, et elles se copient. Les auteurs d'escroqueries sentimentales récupèrent des portraits attrayants pour bâtir de nouveaux faux profils. Si vous utilisez la même photo sur Instagram ou LinkedIn, vous facilitez le lien entre votre pseudonyme et votre vrai nom : une recherche d'image inversée prend deux minutes, voir reconnaître les faux profils. Pour les photos intimes, un autre risque s'ajoute, expliqué dans notre page sur la sextorsion.
Les fuites existent
Aucun fournisseur n'est à l'abri d'une attaque, et les données de rencontre intéressent les criminels parce qu'elles se prêtent au chantage. Depuis septembre 2023, la loi oblige les fournisseurs à annoncer au Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) toute violation de la sécurité à risque élevé. La meilleure précaution reste de ne mettre en ligne que ce que vous pourriez assumer en cas de fuite.
Les réglages à faire dans l'application
Dix minutes suffisent. Les options se trouvent sous « Paramètres » ou « Confidentialité ».
- Localisation « seulement pendant l'utilisation » et approximative. Sur iOS comme sur Android, vous pouvez limiter l'accès à la position à l'utilisation de l'application et désactiver la position précise. Vous voyez toujours des personnes de votre région, sans livrer votre rue.
- Désactiver « afficher la distance » quand l'option existe.
- Des photos réservées à la plateforme. Choisissez des images qui n'existent nulle part ailleurs en ligne, donc pas vos portraits Instagram ou LinkedIn. Avant de les charger, faites une capture d'écran de la photo : les métadonnées disparaissent.
- Ni maison, ni lieu de travail, ni plaque d'immatriculation en arrière-plan.
- Pseudonyme ou prénom seul. Le nom de famille et l'employeur viennent après la première rencontre. Dans le champ « profession », « infirmière » suffit, « infirmière au CHUV » est de trop.
- Vérifier les connexions tierces. Dans les paramètres de Facebook, Google ou Apple, une liste montre les applications qui ont accès à votre compte. Mieux encore : une adresse e-mail réservée aux rencontres.
- Couper les notifications sur l'écran verrouillé si d'autres voient votre natel.
- Limiter le suivi publicitaire : sur iOS sous « Confidentialité, Suivi », sur Android en réinitialisant l'identifiant publicitaire.
- Activer la double authentification si elle est proposée. Un compte détourné a de la valeur pour un fraudeur, parce que vos contacts vous font confiance.
- Supprimer le compte avant l'application. Effacer l'icône ne ferme ni le profil ni l'abonnement.
Et sur les sites par abonnement ?
Les plateformes comme be2, eDarling ou Meetic travaillent moins avec la position et davantage avec le profil. Trois questions avant de s'inscrire : vos photos sont-elles visibles par tous ou débloquées contact par contact ? Votre profil apparaît-il aussi sur les sites du même groupe (politique de confidentialité, « sociétés liées ») ? Combien de temps les données restent-elles après la résiliation ?

Vos droits selon la nouvelle loi sur la protection des données
Depuis le 1er septembre 2023, la loi fédérale révisée sur la protection des données (nLPD, RS 235.1) est en vigueur. Elle s'applique à tout fournisseur qui traite des données de personnes en Suisse, même établi à l'étranger.
| Article nLPD | Ce qu'il règle | Ce que cela change pour vous |
|---|---|---|
| Art. 8 | Sécurité des données | Le fournisseur doit protéger vos données par des mesures techniques et organisationnelles appropriées. |
| Art. 19 | Devoir d'informer | Au moment de la collecte, vous devez savoir qui traite vos données, dans quel but et à qui elles sont communiquées. |
| Art. 24 | Annonce des violations | En cas de fuite à risque élevé, le fournisseur annonce le cas au PFPDT dans les meilleurs délais et vous informe si nécessaire. |
| Art. 25 | Droit d'accès | Vous pouvez demander quelles données vous concernant sont traitées. Les renseignements sont en principe gratuits et fournis dans les 30 jours. |
| Art. 28 | Remise des données | Les données que vous avez fournies peuvent vous être remises dans un format électronique courant lorsqu'elles sont traitées de manière automatisée. |
| Art. 32 | Prétentions | Vous pouvez exiger la rectification de données inexactes, la fin d'un traitement illicite et l'effacement. |
| Art. 60 | Disposition pénale | Fournir intentionnellement un renseignement faux ou incomplet est puni, sur plainte, d'une amende jusqu'à 250'000 francs. |
Deux précisions. Le droit d'accès est l'outil par lequel tout commence : une fois que vous savez ce qui est enregistré, vous pouvez demander précisément un effacement ou une correction. Et l'amende de l'art. 60 vise la personne responsable, pas l'entreprise, et suppose une intention ; une réponse tardive n'est pas à elle seule une infraction.
Les organisations de consommateurs rappellent que les actions civiles fondées sur la LPD sont exemptées de frais judiciaires (art. 113 et 114 du Code de procédure civile). Un exemple de délai de conservation : Tinder indique sur ses pages d'aide garder les données environ 90 jours après la suppression d'un compte. D'autres fournisseurs conservent les données de facturation plus longtemps en raison des obligations comptables, ce qui est admis si la politique de confidentialité le mentionne.
Demander l'accès, l'effacement ou la fermeture du compte
La marche à suivre est la même partout, sans avocat ni formulaire.
- Supprimez le compte dans l'application, pas seulement l'application. En cas d'abonnement, vérifiez d'abord le délai de résiliation sur notre page prix et résiliation.
- Trouvez l'adresse. La politique de confidentialité indique un contact pour la protection des données, souvent une adresse privacy@. À défaut, utilisez l'adresse des mentions légales.
- Envoyez votre demande, par e-mail ou par courrier recommandé si vous voulez une preuve. Demandez expressément l'accès selon l'art. 25 nLPD et l'effacement selon l'art. 32 nLPD, avec un délai de 30 jours.
- Justifiez votre identité si on vous le demande. Une copie de pièce d'identité avec le numéro masqué suffit.
- Contrôlez la réponse. Rien dans les 30 jours, ou un texte standard sans vos données ? Écrivez une seconde fois en citant l'art. 60 nLPD. Ensuite, le PFPDT ou le juge civil prennent le relais.
Un modèle en cinq lignes :
Madame, Monsieur,
Je suis inscrit(e) chez vous sous l'adresse e-mail [adresse] et le nom d'utilisateur [pseudonyme].
En application de l'art. 25 LPD, je vous demande l'accès à toutes les données personnelles que vous traitez à mon sujet, avec leur origine, leur finalité, leurs destinataires et leur durée de conservation.
En application de l'art. 32 LPD, je vous demande en outre l'effacement complet de mon compte et de toutes les données qui y sont liées, sous réserve d'une obligation légale de conservation.
Merci de me confirmer l'effacement par écrit dans un délai de 30 jours. Avec mes salutations, [nom, date]
La Fédération romande des consommateurs (FRC) renseigne ses membres sur ce type de démarche. Si le fournisseur ne réagit pas, le PFPDT reçoit les dénonciations de particuliers par un formulaire en ligne (adresse postale : Feldeggweg 1, 3003 Berne). Il ne conseille pas au cas par cas, mais peut ouvrir une enquête contre un fournisseur. Pour vos propres prétentions, c'est le juge civil qui est compétent, après conciliation, comme nous l'expliquons dans Vos droits lors de rencontres en ligne.
Le cas Once : ce que le PFPDT a constaté en 2023
En juin 2023, le PFPDT a clos une procédure d'établissement des faits concernant l'application Once, dont l'exploitante est établie en Suisse. Il a constaté que les utilisatrices et utilisateurs n'étaient pas suffisamment informés de la nature et de la finalité des traitements, et a formulé plusieurs recommandations, que l'exploitante a acceptées. Pour vous, c'est un repère : la politique de confidentialité dit-elle concrètement quelles données servent à quoi ? Plus le texte est vague, plus une demande d'accès se justifie.
Aide et signalement
Si un problème de données se transforme en menace ou en chantage :
- Police : 117 (danger immédiat), urgences sanitaires : 144
- La Main Tendue : 143, 24h/24, anonyme
- Aide aux victimes : 142 (numéro national depuis mai 2026, pas un numéro d'urgence) et opferhilfe-schweiz.ch, conseil gratuit et confidentiel dans les centres LAVI de chaque canton
- Signaler un incident : cybercrimepolice.ch/fr/ (polices cantonales) et formulaire de l'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) sur bacs.admin.ch
- Dénoncer une violation de la protection des données : edoeb.admin.ch/fr, renseignements par téléphone au 058 462 43 95 (lundi à vendredi, 10h à 11h30)
Questions fréquentes sur les données personnelles et les rencontres en ligne
Quelles données une application de rencontre collecte-t-elle ?
Les informations du profil, les photos avec leurs métadonnées, tous les messages, la position, les indications sur la religion, la santé et l'orientation sexuelle, ainsi que des données d'usage et publicitaires.
Peut-on trouver où j'habite grâce à une application de rencontre ?
Avec l'affichage de la distance et un peu de patience, une position peut être réduite à quelques centaines de mètres. Désactivez la position précise et l'option « afficher la distance ».
Ai-je le droit de savoir ce qu'une plateforme conserve sur moi ?
Oui. Selon l'art. 25 de la loi sur la protection des données, le fournisseur doit vous renseigner dans les 30 jours, en principe gratuitement, même s'il est établi à l'étranger.
Comment effacer complètement mes données sur une application de rencontre ?
Supprimez d'abord le compte dans les paramètres, puis demandez par écrit l'effacement de toutes vos données selon l'art. 32 LPD, avec confirmation.
Que faire si le fournisseur ne répond pas ?
Un second courrier avec délai et référence à l'art. 60 LPD, puis une dénonciation au PFPDT. Pour vos propres prétentions, c'est le juge civil qui tranche, sans frais judiciaires pour les actions fondées sur la LPD.
Sources
- Loi fédérale sur la protection des données (LPD, RS 235.1), en vigueur depuis le 1er septembre 2023, fedlex.admin.ch : art. 5, 8, 19, 24, 25, 28, 32 et 60, consulté en octobre 2026.
- Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT), edoeb.admin.ch : contact, dénonciation, droit d'accès, consulté en octobre 2026.
- PFPDT, communiqué du 13 juin 2023 sur l'application de rencontre Once, admin.ch, consulté en octobre 2026.
- Fondation pour la protection des consommateurs, guide en ligne sur la demande d'accès aux données, avec indication de la gratuité selon les art. 113 et 114 CPC, konsumentenschutz.ch, consulté en octobre 2026.
- Code de procédure civile (CPC, RS 272), art. 113, 114 et 197 ss sur la conciliation, fedlex.admin.ch, consulté en octobre 2026.
- Prévention Suisse de la Criminalité (PSC), thèmes internet et protection des données, skppsc.ch/fr, consulté en octobre 2026.
- cybercrimepolice.ch, plateforme de signalement des polices suisses, cybercrimepolice.ch/fr, consulté en octobre 2026.
Cet article ne remplace pas un conseil juridique.